
Les syndromes gériatriques sont au cœur des métiers de la gériatrie. Certains sont évidents, ce qui ne signifie pas que leur prise en charge soit facile, d’autres doivent être recherchés systématiquement car ils sont nombreux et souvent intriqués. L’incontinence urinaire (IU) est ainsi un syndrome gériatrique souvent méconnu alors qu’il est très fréquent, sous-déclaré donc sous-diagnostiqué et non pris en charge alors qu’il a un retentissement psychosocial sur la qualité de vie.
Trente à 40 % des femmes de plus de 80 ans souffrent d’incontinence urinaire(1) et la prévalence de l’IU a pu être estimée à 76 % en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).
L’incontinence urinaire de la femme reste d’actualité et si des recommandations établies par l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes) en 2003 et actualisées en 2026(2) sont relativement anciennes, plusieurs notes de cadrage ont été récemment publiées par la Haute Autorité de santé (HAS)(3-5). Ainsi, en France, un plan d’action visant à garantir la sécurité des patientes à chaque étape du parcours de soins de l’incontinence urinaire a été envisagé avec la mise en place d’une surveillance renforcée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), l’évaluation individuelle de divers dispositifs par la HAS, l’établissement de recommandations de bonnes pratiques de prise en charge, un encadrement des pratiques de poses des dispositifs médicaux implantables et une amélioration du parcours de soins par le renforcement de l’information des patientes(6).
S’intéresser à l’IU peut être relativement simple puisque le diagnostic est avant tout clinique et peut se limiter à une question unique : « Au cours des derniers mois, avez-vous eu une ou plusieurs fuites urinaires ? ». Dès lors il « suffit » de suivre une démarche structurée abordant comme pour tous les syndromes gériatriques la recherche des facteurs chroniques prédisposants et des facteurs précipitants. C’est ce que démontre l’article de Linda Quiaios et Philippe Chasssagne(7). Encore faut-il penser à l’IU et aborder sa recherche. La prise en charge sera holistique comme toujours en gériatrie en prenant en compte les autres syndromes gériatriques présents, les comorbidités et l’espérance de vie, sans céder au fatalisme et à l’âgisme…
La prévention devrait tenir une place importante en médecine, même en gériatrie, et il n’y a pas de limite d’âge pour cela. La littérature a largement rapporté l’efficacité des mesures de prévention dans divers domaines. Il faut donc soutenir la diffusion de la culture de prévention,
même dans les établissements pour personnes âgées, qu’elles soient dépendantes ou non. Il ne semblait pas y avoir d’étude quantitative portant explicitement sur la mise en oeuvre effective des mesures de prévention en établissement pour personnes âgées. C’est l’intérêt
de l’étude de Valentin Johnson, qui montre un impact significatif de l’action des équipes spécialisées en prévention inter-Ehpad (ESPrévE) auprès de certains établissements dans les Hauts-de-France(8).
L’entrée en Ehpad est une période de transition majeure, qui peut être angoissante pour le futur pensionnaire, sa famille et ses proches. La façon dont elle va se passer et être vécue conditionne le futur et l’adaptation du pensionnaire et indirectement de l’institution qui l’accueille.
La qualité de l’accueil est importante dans cette phase critique car « réussir l’entrée en Ehpad, c’est réussir la vie en Ehpad(9) ». Un certain nombre d’erreurs sont à éviter comme le rappelle Pierre Marie Charazac(10).
Liens d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en rapport avec cet article.
1. Batmani S, Jalali R, Mohammadi M, Bokaee S. Prevalence and factors related to urinary incontinence in older adults women worldwide: a comprehensive systematic review and meta-analysis of observational studies. BMC Geriatr 2021 ; 21 : 212.
2. Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes). Prise en charge de l’incontinence urinaire de la femme en médecine générale. 2003. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/recommandations_mise_en_page_2006_2006_12_01__10_19_39_825.pdf
3. Haute Autorité de santé (HAS). Diagnostic et bilan pré-thérapeutique de l’incontinence urinaire non neurologique de la femme : Note de cadrage Recommandation de bonne pratique. 2025 Dec. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3700444/fr/label-diagnostic-et-bilan-pre-therapeutique-de-l-incontinence-urinaire-non-neurologique-de-la-femme-note-de-cadrage
4. HAS. Traitement de l’hyperactivité vésicale et de l’incontinence urinaire non neurologique par urgenturie – Note de cadrage : Recommandation de bonne pratique. 2025 Dec. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3700450/fr/label-traitement-de-l-hyperactivite-vesicale-et-de-l-incontinence-urinaire-non-neurologique-par-urgenturie-note-de-cadrage
5. HAS. Traitement de l’incontinence urinaire d’effort de la femme. Incontinence urinaire d’effort pure ou mixte à prédominance d’effort. 2026 Apr. https://has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-04/dir2/traitement_de_lincontinence_urinaire_deffort_de_la_femme_-_note_de_cadrage.pdf
6. Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes âgées. Dispositifs de traitement de l’incontinence urinaire et du prolapsus des organes pelviens chez la femme. 2025 Mar 19. https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/autres-produits-de-sante/dispositifs-medicaux/article/dispositifs-de-traitement-de-l-incontinence-urinaire-et-du-prolapsus-des
7. Quiaios L, Chassagne P. Incontinence urinaire de la femme âgée : Mise au point. Rev Geriatr 2026 ; 51 : 351-64.
8. Johnson V, Defebvre MM, Caron B. Étude de l’impact des équipes de prévention intervenant au sein des Ehpad de la région des Hauts-de-France. Rev Geriatr 2026 ; 51 : 341-9.
9. Meyvaert P. Réussir l’entrée en Ehpad, c’est réussir la vie en Ehpad. Rev Geriatr 2015 ; 40 : 387-8.
10. Charazac PM. Sept façons de faire échouer l’entrée en Ehpad. Rev Geriatr 2026 ; 51 : 365-70.








