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Éditorial
• 05.2026

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) accueillent des personnes de plus de 85 ans, polypathologiques et souvent porteuses d’atteintes cognitives, avec une forte prévalence de maladies neurodégénératives. La pandémie de COVID-19 a été associée à une augmentation des besoins en santé mentale mais également à la fermeture de nombreuses structures de soins longue durée en psychiatrie, entraînant mécaniquement l’exode de patients psychotiques vers des Ehpad ou des établissements hébergeant des personnes âgées (EHPA), non médicalisés.
L’enquête auprès des établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPA)(1) publiée en 2019 a révélé que les personnes accueillies dans ces structures sont de plus en plus vieilles, l’âge d’entrée étant de 86 ans en moyenne, mais que ce phénomène tend à s’atténuer : la moitié de ces résidents avait plus de 88 ans en 2019, contre 87 ans et 5 mois fin 2015 et 86 ans et 5 mois fin 2011. Les personnes accueillies en 2019 sont également de plus en plus dépendantes : 85,1 % sont classées en groupe isoressources (GIR) 1 à 4 en 2019, contre 83,1 % en 2015 et 80,7 % en 2011. Parmi les 730 000 résidents hébergés
en institution sur le territoire national, 261 000 souffrent d’une maladie neurodégénérative (35 %), une proportion très légèrement plus faible qu’en 2015.

Figure 1 : Profil psychiatrique des résidents précaires vieillissants (d’après Caron et al.(5)).
Le terme « troubles psychiatriques » englobe les troubles pouvant être confondus avec une maladie psychiatrique.
Figure 1 : Psychiatric profile of aging residents in precarious housing situations (from Caron et al.(5)).
The term “psychiatric disorders” encompasses conditions that may be mistaken for a psychiatric illness.
Le terme « troubles psychiatriques » englobe les troubles pouvant être confondus avec une maladie psychiatrique.
Figure 1 : Psychiatric profile of aging residents in precarious housing situations (from Caron et al.(5)).
The term “psychiatric disorders” encompasses conditions that may be mistaken for a psychiatric illness.
Dans ce contexte, la cohabitation avec les patients issus des services de psychiatrie(2), orientés dès l’âge de 60 ans, est difficile, voire impossible pour les résidents, les équipes et les familles. Cette cohabitation peut en effet s’avérer catastrophique en raison de la différence d’âge (± 30 ans d’écart), ce qui est à éviter ou à organiser en des unités hermétiques et parallèles. Les personnes psychotiques longuement hospitalisées en psychiatrie cumulent par ailleurs les handicaps, les antécédents médicolégaux, les addictions, ou sont résistantes aux approches thérapeutiques.
Les maladies mentales semblent être l’apanage de la rue. L’objectif de l’étude SAMENTA(3,4) réalisée par la Ville de Paris et la Préfecture de Police en 2009 était de déterminer les pathologies psychiatriques et les addictions des personnes sans domicile fixe présentes sur le territoire francilien. Elle a établi qu’un tiers de cette population souffrait de troubles psychiatriques sévères tels que les troubles psychotiques, de l’humeur (dépressifs sévères, essentiellement) et anxieux.
Ces résidents polypathologiques présentent en effet pour beaucoup des « troubles psychiatriques » qui font référence à des maladies psychiatriques, des psychotraumatismes, des symptômes comportementaux engendrés par les addictions, ou encore à des troubles relevant de maladies neurodégénératives atypiques (Figure 1). De fait, il existe très souvent une confusion sur l’origine de ces différents symptômes du fait d’un défaut d’investigations entre l’état pathologique qui amène à la rue et ses conséquences (pathologies ou syndromes psychocomportementaux), ainsi qu’un « flou diagnostic » entre les pathologies neurodégénératives, les pathologies psychiatriques, les démences alcooliques… Pourtant, un diagnostic précis est indispensable pour élaborer un projet de soin.
Le passage du domicile, d’un appartement thérapeutique ou d’une unité de soins longue durée (USLD) à l’hôpital vers un Ehpad induit une rupture dans ces parcours de vie. Le patient devient un résident, il est confronté à des personnes plus âgées, avec un écart de l’ordre d’une génération.
L’ambiance soignante n’est pas la même, les équipes n’ayant ni l’expérience dans ce domaine ni le désir d’assurer des accompagnements, parfois décidés rapidement et sans concertation.
Nous avons été confrontées par exemple à des viols perpétrés par ces patients psychotiques sur de vieilles résidentes (mais de trente ans plus jeunes !) atteintes d’une maladie d’Alzheimer à un stade sévère, et elles étaient terrorisées. Ce genre de drames se concrétise par des inculpations au pénal qu’il faut absolument éviter, ce que permet une organisation adaptée, où la formation des personnels ainsi que la création d’unités de vie différentes, ont été anticipées.
Liens d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en rapport avec cet article.
RÉFÉRENCES
1. Balavoine A, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Des résidents de plus en plus âgés et dépendants dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées : Premiers résultats de l’enquête EHPA. Études et Résultats 2022 ;
2. Jovelet G. Quelle place en Ehpad pour les personnes âgées dites « psychotiques » ? Soins Psychiatr 2019 ; 40 : 12-7.
3. Morin C. Schéma corporel, image du corps, image spéculaire. Toulouse : Érès, coll. Neurologie et psychanalyse ; 2013.
4. Laporte A Chauvin P, Observatoire du Samusocial de Paris, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Samenta : rapport sur la santé mentale et les addictions chez les personnes sans logement personnel d’Île-de-France. 2010 Apr 9. https://inserm.hal.science/inserm-00471925
5. Caron A, Donio V, Baffert S, Agence régionale de santé d’Îlede-France, Cemka. Étude sur le public précaire vieillissant accueilli dans les Ehpad d’Île-de-France : Rapport final. 2023 Juil. https://www.lemediasocial.fr/hulkStatic/EL/ELI/2023/12/f6e2ac39a-d8b2-4e03-bf2f-654b8e955d92/sharp_/ANX/ehpad-precaires-idf.pdf








