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Éditorial
• 12.2025

Xavier Emmanuelli n’a jamais eu besoin de mots pour être source d’inspiration. Sa présence et son exemple, seuls, incitent à vouloir être meilleur et bon. Sa voie au profit des sans droit, des sans force, continuera à être poursuivie et de raisonner sans que sa voix ne résonne.
Xavier Emmanuelli institue. Il fonde. Il rassemble en ses engagements, ceux qui poursuivent les chemins de la foi en l’universel et en l’humanité. Son éthique pratique instituée vise à améliorer, au quotidien, la condition de notre ontique fragilité1. Les parents de Xavier Emmanuelli, reconnus « Justes parmi les Nations » pour avoir sauvé des enfants juifs lui inculquèrent l’esprit de résistance qui toujours l’anima. Par sa foi en l’universel et en l’humanité(1), il n’a eu de cesse de dire que la médecine, pour être pleinement humaine, doit se fonder sur l’altérité, l’échange et le don.
Il mena tant de combats pour rendre à chacun sa juste considération, sa juste reconnaissance ou son entière dignité.
Xavier Emmanuelli est une figure de la fraternité agissante et une âme des solidarités vivifiantes. Elles dialoguent avec la gérontologie qui soutient et la gériatrie dont le sujet est de soigner les pathologies des plus avancées en âge. Xavier ici encore initie toujours, en faisant un pas de côté, une formation « accompagnant à domicile de personnes à fragilités multiples » (ADPFM)(2). Elle a pour visée de former « les aides domiciles pour améliorer le quotidien des personnes du grand âge qui souhaitent vieillir “chez eux” et valoriser le métier des professionnels qui les accompagnent ». Elle a pour finalité que soit « assuré le maintien à domicile des personnes en perte d’autonomie », d’une part, et que puissent être anticipées les évolutions des besoins médico-sociaux par la structuration d’un réseau d’aides à domicile, d’autre part.
Il fut un critique de la « toute-puissance » du médecin et d’une conception strictement technique du soin : le soignant doit, selon lui, rechercher le sens de son action, non seulement dans le traitement mais dans la relation à chaque personne souffrante(3). La médecine, selon lui, est liens et liant. Il sait que « toute médecine est une réponse à un appel ». Il invite ses confrères à aller vers ceux qui ne peuvent, ne savent ou sont incapables ou inaptes à le formuler.
Militant et figure de l’humanitaire, il aime à rappeler avec Edgar Morin, qu’à « À force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel ». Xavier réanime le politique en étant en surplomb des intrigues politiciennes qui anesthésient le sens de la République jusqu’à nier l’utopie qu’elle symbolise et signifie. Il fut ministre, ou, plus précisément secrétaire d’État chargé de l’urgence humanitaire sous la Présidence de Jacques Chirac. Il apporta sa pierre à l’édifice de ce mandat. Il fut la voix des plus démunis, des plus précaires et des plus vulnérables « d’entre nous » ; de ces autres que nous pouvons tous être ou devenir.
Xavier Emmanuelli dit et souligne que l’exclusion est une souffrance multiple : individuelle, sociétale et sociale. L’exclu supposé tel ou réduit comme tel – le sans-abri, le malade psychique, le toxicomane, le migrant – vit, pour lui, une perte de repères, d’appartenance et une fragilisation identitaire. Il en est de même des personnes en état et en situation de vulnérabilité, qu’est tout « invisible » ; qu’il s’agisse des personnes avancées en âge, souffrant de maltraitances en huis clos ou en vase clos par le fait de ceux qui sont censés les protéger par état ou par profession ; qu’il s’agisse des mauvais traitements des enfants des rues à la vue de tous, qui déshonorent la patrie de Victor Hugo.
Pour Xavier Emmanuelli, il faut toujours dépasser la simple « justice sociale » des politiques publiques pour comprendre la dimension humaine et symbolique de toute souffrance. Il faut que la médecine soit une médecine du cœur et que la justice ait ce surcroît d’âme qu’est l’Amour. Il invite à repenser la dette réciproque qui fonde le lien social : chaque individu, du seul fait de vivre en société, contracte une dette envers les autres. Selon lui, réduire l’exclusion
à une question de droits seuls revient à exclure encore davantage les plus fragiles, en les privant de cette dette mutuelle et en les transformant en « choses ».
Tout soin véritable, nous dit-il, est un acte de fraternité : il suppose la reconnaissance de la fragilité, de la précarité ou de la vulnérabilité en l’autre et invite un engagement éthique dans tout soin, qui ne peut être que « bio » « psycho » « social ». Avec François Dagognet, il affirme pour que « tout bon médecin » (scientifiquement et techniquement) doit cumulativement être un médecin bon (humainement). Xavier Emmanuelli est un passeur de savoir et de liens ; un transmetteur, de connaissances et d’expériences.
Son éthique de la fragilité ouvre à une médecine de l’accompagnement où « le sens » va au-delà de la « finalité » des soins. Tout gérontologue et tout gériatre l’éprouve dans sa pratique.
Liens d’intérêts : l’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêt en rapport avec cet article.
RÉFÉRENCES
1. Emmanuelli X. Au seuil de l’éternité. Paris : Albin Michel ; 2011.
2. Emmanuelli X, Mercier L. De vieux en mieux : Vivants jusqu’au bout !. Nantes : Atlante ; 2023.
3. Emmanuelli X. Une actualité internationale, la souffrance sociale. RGDM 2016 ; 61








