
La médecine évolue. Nous devons suivre cette évolution et en faire profiter les personnes qui nous consultent. Je ne dirais pas nos « malades » car ce serait oublier ceux qui ne le sont pas, ceux qui ne le sont pas encore, et ceux ne le seront pas, peut-être grâce à la prévention. La prévention doit en effet tenir une place majeure dans nos préoccupations, y compris en gériatrie ne l’oublions pas.
L’hypertension artérielle (HTA) est la pathologie chronique la plus fréquente après 75 ans. S’il a été largement démontré que son traitement réduit la morbi-mortalité cardiovasculaire, il expose aussi à un risque iatrogène. C’est pourquoi il est nécessaire de connaître les éléments de la balance bénéfice/risque du traitement. Ces éléments peuvent changer en fonction de l’âge, mais aussi du terrain et du contexte. Des valeurs cibles ont pu être proposées mais elles ne sont pas immuables (elles changent au fil du temps dans les diverses recommandations(1)), ce qui impose de les connaître au moment de prendre la décision et de faire le choix du traitement.
Des « recommandations » sont régulièrement publiées et mises à jour par différentes sociétés savantes. Néanmoins comment suivre les actualisations et sur quoi se baser ? Il faut donc remercier Kamel Barhoumi d’avoir tenté de synthétiser les données récentes sur l’individualisation des objectifs tensionnels chez le sujet âgé et notamment le sujet âgé fragile qui intéresse les gériatres et proposer une stratégie pratique(2). Sa revue narrative s’appuie sur six équations PubMed® (2019-2026), complétées par les recommandations européennes issues de la Haute Autorité de santé (HAS), la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), les Sociétés européennes d’hyper-tension et de cardiologie (European Society of Cardiology/European Society of Cardiology – ESH/ESC), l’Institut national pour l’excellence en matière de santé et de soins (National Institute for Health and Care Excellence – NICE) et la Cochrane Library, mais ne prend pas en compte les sociétés américaines qui ont publié leurs recommandations en octobre 2025(3), mais qu’importe.
Par ailleurs, l’auteur insiste bien sur le fait que « les propositions formulées ne constituent pas des recommandations officielles, mais une interprétation raisonnée de la littérature ».
La prise en compte de la fragilité est maintenant indispensable et même si nous avons dit qu’il n’y a pas de valeur cible unique, nos lecteurs retiendront que « l’objectif tensionnel doit être individualisé selon le phénotype de fragilité : autour de 130-139 mmHg chez le robuste, plus permissif (140-150 mmHg) chez le fragile, sans cible chiffrée prioritaire chez le très fragile, en respectant systématiquement un seuil plancher autour de 120-130 mmHg en fonction du contexte. La tolérance clinique prime sur l’atteinte d’une valeur cible ». La réflexion doit donc primer sur les simples valeurs cibles.
De toute façon, si les données de cet article sont à jour actuellement, il sera nécessaire de les actualiser ultérieurement, ce souligne l’intérêt de suivre La Revue de Gériatrie…
Liens d’intérêts : l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en rapport avec cet article.
1. Flacco ME, Minoia F, Brunini G, Rosticci M, Fiore M, Cicolini G, et al. The evolution of blood pressure thresholds and targets over time: A historical review. Med Sci 2026 ; 14 : 203. 1.
2. Barhoumi K. Individualisation des objectifs tensionnels chez le sujet âgé fragile : équilibre entre bénéfice cardiovasculaire et risque gériatrique. Rev Geriatr 2026 ; 51 : 405-23.
3. Jones DW, Ferdinand KC, Taler SJ, Johnson HM, Shimbo D, Abdalla M, et al. AHA/ACC/AANP/AAPA/ABC/ACCP/ACPM/AGS/AMA/ASPC/NMA/PCNA/SGIM guideline for prevention, detection, evaluation, and management of high blood pressure in adults: A report of the American College of Cardiology/American Heart Association Joint Committee on Clinical Practice Guidelines. J Am Coll Cardiol 2025 ; 86 : 1567-678.








